Dernière mise à jour le 13 août 2026
Le refus de titularisation est une décision fréquente à l’issue d’un stage dans la fonction publique, mais elle n’est pas discrétionnaire. Elle doit être justifiée et respecter une procédure stricte. De nombreux refus peuvent être contestés avec succès. Le Cabinet Chavkhalov & Milcent Avocats vous aide à analyser la légalité de votre refus de titularisation et à engager les recours nécessaires pour défendre votre carrière.
Refus de titularisation : de quoi s’agit-il exactement ?
Lorsqu’un agent public est recruté en qualité de fonctionnaire stagiaire, sa nomination ne lui confère pas immédiatement un droit définitif à occuper son emploi. Le stage constitue une période probatoire destinée à permettre à l’administration d’apprécier son aptitude à exercer les fonctions correspondant à son corps ou à son cadre d’emplois.
Durant cette période, l’administration évalue notamment les compétences techniques de l’agent, sa capacité à exécuter les missions qui lui sont confiées, son comportement professionnel, son aptitude à travailler en équipe, son respect des consignes et, plus généralement, sa manière de servir.
À l’issue du stage, l’administration peut prononcer la titularisation de l’agent lorsqu’elle estime que celui-ci a démontré les aptitudes requises. Lorsque les compétences apparaissent encore insuffisantes mais susceptibles de s’améliorer, le stage peut, dans les conditions prévues par le statut particulier applicable, être prolongé ou renouvelé. Enfin, lorsque l’administration considère que l’agent n’a pas démontré son aptitude professionnelle, elle peut refuser sa titularisation.
Le refus de titularisation entraîne généralement le licenciement du stagiaire. Lorsque l’intéressé possédait déjà la qualité de fonctionnaire titulaire dans un autre corps ou cadre d’emplois, il peut en revanche être réintégré dans son administration ou son emploi d’origine, selon les règles applicables à sa situation.
Cette décision produit donc des conséquences professionnelles particulièrement importantes. Elle ne peut toutefois pas reposer sur une appréciation arbitraire ou sur la seule volonté de la hiérarchie. L’administration doit être en mesure de démontrer, à partir d’éléments suffisamment précis, que l’agent ne possède pas les aptitudes nécessaires pour être titularisé.
Quelle est la différence entre un refus de titularisation et un licenciement en cours de stage ?
Il est essentiel de distinguer le refus de titularisation prononcé à l’issue du stage du licenciement intervenant alors que la période de stage est toujours en cours.
Le refus de titularisation constitue l’aboutissement de la période probatoire. L’administration estime, après avoir laissé l’agent accomplir son stage, que celui-ci n’a pas démontré les aptitudes professionnelles requises. La décision prend alors effet au terme normal du stage ou, le cas échéant, à l’issue de sa prolongation.
Le licenciement en cours de stage intervient, quant à lui, avant le terme de cette période. Il obéit à des règles plus strictes. L’article L. 327-11 du Code général de la fonction publique prévoit qu’un fonctionnaire stagiaire peut être licencié en cours de stage pour insuffisance professionnelle ou pour faute disciplinaire, après avis de la commission administrative paritaire compétente. Lorsqu’il est fondé sur une insuffisance professionnelle, le licenciement ne peut intervenir moins de six mois après le début du stage.
Cette distinction est déterminante. Une administration ne peut pas présenter comme un refus de titularisation en fin de stage une décision qui aurait, en réalité, mis prématurément fin aux fonctions de l’agent. Dans une telle situation, le juge administratif vérifie la date d’effet de la décision, la durée statutaire du stage et la nature exacte de la mesure.
Les garanties procédurales applicables ne sont donc pas nécessairement les mêmes selon que l’agent est licencié en cours de stage ou qu’il n’est pas titularisé à l’issue de celui-ci.
Le fonctionnaire stagiaire a-t-il un droit à être titularisé ?
Le fonctionnaire stagiaire ne dispose pas d’un droit automatique à la titularisation. Sa situation demeure provisoire et probatoire tant qu’une décision de titularisation n’a pas été prise.
Cela ne signifie cependant pas que l’administration bénéficie d’une liberté absolue. Le Conseil d’État rappelle que le refus de titularisation doit reposer sur l’appréciation de l’aptitude de l’agent à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé ainsi que sur sa manière de servir. Le juge administratif peut donc vérifier que la décision ne repose pas sur des faits inexacts, une erreur de droit, une erreur manifeste d’appréciation, une sanction disciplinaire déguisée ou un détournement de pouvoir (CE, 24 février 2020, n° 421291).
L’administration doit ainsi s’appuyer sur des éléments en rapport direct avec l’aptitude professionnelle de l’agent. Elle peut tenir compte de difficultés persistantes dans l’exécution des tâches, d’erreurs répétées malgré les consignes reçues, d’un défaut d’autonomie incompatible avec les fonctions exercées, d’une incapacité à organiser son travail ou encore de problèmes relationnels lorsqu’ils affectent réellement le fonctionnement du service.
En revanche, un simple désaccord avec un supérieur hiérarchique, une incompatibilité personnelle, une critique formulée par l’agent ou une mauvaise intégration au sein d’une équipe ne suffisent pas, par eux-mêmes, à caractériser une insuffisance professionnelle. L’administration doit démontrer en quoi les faits invoqués révèlent concrètement une incapacité à exercer les fonctions correspondant au grade dans lequel l’agent devait être titularisé.
L’agent doit pouvoir accomplir son stage dans des conditions normales
Même si le stagiaire doit faire la preuve de ses capacités, l’administration doit lui permettre d’accomplir réellement sa période probatoire.
Le Conseil d’État a posé le principe selon lequel tout fonctionnaire stagiaire a le droit d’accomplir son stage dans des conditions lui permettant d’acquérir une expérience professionnelle et de démontrer ses capacités pour les fonctions auxquelles il peut être appelé (CE, 1er février 2012, n° 336362).
Cette exigence interdit à l’administration de placer l’agent dans une situation où son échec serait pratiquement inévitable. Le stagiaire doit recevoir des missions correspondant à son grade, des consignes suffisamment précises et les moyens matériels nécessaires à l’exercice de ses fonctions. Il doit également pouvoir bénéficier de la formation, du tutorat ou de l’accompagnement prévus par les textes ou rendus nécessaires par la nature de son poste.
Un refus de titularisation peut ainsi être contesté lorsque le stage s’est déroulé dans des conditions anormales. Tel peut être le cas lorsque l’agent a été affecté sur des fonctions ne correspondant pas à son cadre d’emplois, lorsqu’il a changé plusieurs fois de service sans accompagnement, lorsqu’aucun objectif précis ne lui a été fixé ou lorsque des dysfonctionnements internes ont empêché une véritable évaluation de ses compétences.
Il en va de même lorsque la durée réellement travaillée a été trop courte pour permettre une appréciation sérieuse, sous réserve des règles particulières concernant les congés et la prolongation du stage. L’administration ne peut pas se contenter d’une impression générale : elle doit avoir effectivement placé l’agent en situation d’exercer les missions sur lesquelles son aptitude est évaluée.
L’administration doit-elle avertir le stagiaire de ses difficultés ?
Il n’existe pas de principe général imposant à l’administration d’adresser au stagiaire un avertissement formel avant tout refus de titularisation. Toutefois, l’absence totale d’information sur les difficultés reprochées peut fragiliser la décision, notamment lorsqu’elle révèle que l’agent n’a pas été placé en mesure de comprendre les attentes du service et de corriger sa manière de servir.
En pratique, l’existence d’entretiens réguliers, de rapports intermédiaires, de fiches d’évaluation, de consignes écrites ou de points d’étape permet de vérifier si l’agent a été informé des insuffisances constatées. Ces documents doivent présenter une certaine cohérence. Une décision finale très défavorable paraît difficilement compréhensible lorsque les évaluations établies pendant la majeure partie du stage étaient positives et ne faisaient état d’aucune difficulté sérieuse.
L’administration doit également tenir compte de la progression de l’agent. Les erreurs commises au début d’un stage ne permettent pas nécessairement de conclure à une insuffisance professionnelle lorsqu’elles ont ensuite été corrigées. La période probatoire a précisément pour objet de permettre à l’intéressé d’apprendre, de s’adapter et d’améliorer sa pratique.
À l’inverse, des difficultés signalées à plusieurs reprises et demeurées sans amélioration malgré un accompagnement, des formations ou une prolongation de stage peuvent légalement justifier un refus de titularisation.
L’analyse doit donc porter sur l’ensemble du stage et non sur un incident isolé ou sur une appréciation formulée à un moment particulier.
Quels faits peuvent caractériser une insuffisance professionnelle ?
L’insuffisance professionnelle se distingue de la faute disciplinaire. Elle ne suppose pas nécessairement que l’agent ait volontairement méconnu ses obligations. Elle traduit avant tout une incapacité à exercer convenablement les fonctions correspondant à son grade.
Elle peut notamment résulter d’erreurs répétées, d’un manque persistant de rigueur, d’une mauvaise compréhension des missions, d’une incapacité à appliquer les consignes, d’un défaut d’organisation, d’une autonomie insuffisante ou de difficultés relationnelles ayant des répercussions concrètes sur le fonctionnement du service.
L’administration doit toutefois apprécier les capacités de l’agent au regard de l’ensemble des fonctions auxquelles son grade donne vocation, et pas uniquement à partir des particularités d’un poste déterminé. Une difficulté rencontrée dans un service très spécifique ne signifie pas toujours que l’intéressé serait inapte à exercer toutes les fonctions correspondant à son corps ou à son cadre d’emplois.
Le Conseil d’État a également précisé que des faits antérieurs au début formel du stage peuvent être pris en considération lorsqu’ils révèlent l’insuffisance professionnelle de l’agent à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé. La seule circonstance que ces faits se soient produits avant la période probatoire ne suffit donc pas à les rendre inopérants (CE, 12 février 2025, n° 494075).
Cette possibilité doit néanmoins être maniée avec prudence. Les faits antérieurs doivent être établis, pertinents et en lien direct avec les aptitudes requises. L’administration ne peut pas utiliser d’anciens conflits ou des appréciations étrangères aux fonctions pour justifier artificiellement une décision déjà arrêtée.
Un refus de titularisation peut-il reposer sur des fautes disciplinaires ?
Certains comportements peuvent à la fois révéler une insuffisance professionnelle et présenter un caractère fautif. Il peut en être ainsi d’absences injustifiées, d’un refus répété d’exécuter certaines tâches, d’un comportement inadapté envers les usagers ou d’un non-respect persistant des consignes.
L’administration peut légalement tenir compte de tels faits pour apprécier l’aptitude professionnelle du stagiaire. Elle ne peut toutefois pas utiliser le refus de titularisation pour lui infliger, en réalité, une sanction disciplinaire sans respecter les garanties attachées à la procédure disciplinaire.
Le juge recherche donc la finalité véritable de la décision. Lorsque l’administration entend principalement punir un comportement fautif, la mesure peut être qualifiée de sanction disciplinaire déguisée.
Dans sa décision du 24 février 2020, le Conseil d’État a précisé que le juge devait vérifier que le refus de titularisation ne revêtait pas le caractère d’une sanction disciplinaire. Lorsque les motifs retenus caractérisent à la fois une insuffisance professionnelle et des fautes disciplinaires, l’agent doit avoir été mis en mesure de présenter ses observations (CE, 24 février 2020, n° 421291).
Cette garantie a été confirmée par le Conseil d’État dans sa décision du 12 février 2025. La circonstance que certains faits soient également susceptibles de constituer des fautes n’interdit pas à l’administration de refuser la titularisation, à condition que la décision repose bien sur l’aptitude professionnelle et que l’intéressé ait pu faire valoir ses explications (CE, 12 février 2025, n° 494075).
Le refus de titularisation doit-il être motivé ?
Contrairement à ce qui est parfois affirmé, une décision de refus de titularisation prise à l’issue normal du stage n’est, en principe, pas soumise à l’obligation formelle de motivation prévue pour certaines décisions administratives individuelles défavorables.
L’administration n’est donc pas toujours tenue de faire apparaître dans la décision elle-même la totalité des faits et appréciations qui l’ont conduite à refuser la titularisation. Le seul caractère défavorable de la mesure ne suffit pas à imposer une motivation écrite détaillée.
Cette règle ne signifie pas que l’administration peut agir sans motif. La décision doit reposer sur des considérations réelles en rapport avec l’aptitude professionnelle de l’agent. En cas de recours, l’administration devra communiquer au juge les éléments sur lesquels elle s’est fondée, tels que les rapports de stage, les évaluations, les témoignages, les comptes rendus d’entretien ou les observations de la hiérarchie.
La situation est différente lorsque la mesure intervient en cours de stage, lorsqu’elle présente un caractère disciplinaire ou lorsqu’un texte particulier impose une motivation. Il est donc nécessaire d’identifier précisément la nature et la date d’effet de la décision avant de déterminer les règles applicables.
En outre, même lorsque la décision n’a pas à être formellement motivée, l’agent peut demander la communication des motifs qui l’ont fondée et solliciter l’accès à son dossier administratif afin de préparer sa contestation.
L’agent peut-il consulter son dossier administratif ?
Le refus de titularisation est une décision prise en considération de la personne de l’agent, puisqu’elle repose sur l’appréciation de son aptitude et de sa manière de servir.
Le fonctionnaire stagiaire peut donc demander la communication de son dossier administratif et des documents ayant servi à son évaluation. Cette démarche est souvent indispensable pour comprendre les raisons réelles de la décision et préparer un recours utile.
Le dossier peut notamment contenir les rapports de stage, les fiches d’évaluation, les comptes rendus d’entretien, les appréciations des responsables hiérarchiques, les courriels relatifs aux difficultés rencontrées, les signalements, les attestations recueillies par l’administration et les documents communiqués à la commission administrative paritaire.
Le Conseil d’État a rappelé que le refus de titularisation en fin de stage constitue une décision prise en considération de la personne. L’agent peut donc demander communication de son dossier avant l’intervention de la décision lorsque l’administration l’informe de son intention de ne pas le titulariser (CE, 24 février 2020, n° 421291).
Il est recommandé de présenter cette demande par écrit et de solliciter la communication de l’intégralité du dossier, y compris sous forme électronique. L’agent doit également conserver ses propres documents : courriels, plannings, consignes reçues, évaluations intermédiaires, attestations, comptes rendus de réunions et preuves des tâches accomplies.
La comparaison entre le dossier administratif et les éléments détenus par l’agent permet parfois de faire apparaître des contradictions importantes ou l’absence de faits suffisamment précis pour justifier la décision.
La commission administrative paritaire doit-elle être consultée ?
L’intervention de la commission administrative paritaire dépend de la fonction publique concernée, du moment auquel la décision intervient et des textes particuliers applicables au corps ou au cadre d’emplois de l’agent.
Le licenciement pour insuffisance professionnelle prononcé en cours de stage suppose, en principe, la consultation préalable de la commission administrative paritaire compétente, conformément à l’article L. 327-11 du Code général de la fonction publique.
Un avis de la commission peut également être requis pour certains refus de titularisation à l’issue du stage ou pour la prolongation de celui-ci, selon les règles statutaires applicables. Il convient donc de consulter le statut particulier du corps ou du cadre d’emplois concerné et les dispositions réglementaires propres à chaque versant de la fonction publique.
Lorsque la commission doit être consultée, elle doit pouvoir se prononcer en connaissance de cause. Les documents utiles doivent être communiqués à ses membres selon les délais et modalités prévus par les textes.
Toute irrégularité n’entraîne toutefois pas automatiquement l’annulation de la décision. Le juge recherche si le vice a pu exercer une influence sur le sens de l’avis ou s’il a privé l’agent d’une garantie. Le Conseil d’État a ainsi jugé, dans une affaire où des documents avaient été transmis tardivement aux représentants du personnel, que l’irrégularité n’avait pas entraîné l’annulation dès lors que la commission avait néanmoins été mise en mesure de rendre son avis en toute connaissance de cause (CE, 18 juillet 2025, n° 487910).
Quelles sont les erreurs fréquemment commises par l’administration ?
Les refus de titularisation peuvent être fragilisés par plusieurs types d’erreurs. La première consiste à fonder la décision sur des faits matériellement inexacts ou insuffisamment établis. Des reproches formulés de manière générale, sans date, sans exemple concret et sans document permettant de les vérifier, peuvent difficilement démontrer une insuffisance professionnelle réelle.
Des contradictions entre les évaluations successives constituent également un élément important. Lorsque les premiers rapports décrivent un agent sérieux, compétent et en progression, l’administration doit être en mesure d’expliquer l’apparition soudaine d’une appréciation totalement défavorable.
La décision peut également être illégale lorsqu’elle repose principalement sur des considérations étrangères à l’aptitude professionnelle, telles qu’un conflit personnel avec un supérieur, l’exercice d’une activité syndicale, l’état de santé de l’agent, une discrimination, un signalement effectué par celui-ci ou son refus d’accomplir une instruction manifestement irrégulière.
L’absence de véritable accompagnement peut aussi être contestée. Un agent ne peut pas être sérieusement évalué lorsque les attentes n’ont jamais été définies, que les consignes étaient contradictoires, que les missions ne correspondaient pas à son grade ou que les moyens nécessaires ne lui ont pas été fournis.
Enfin, la décision peut être entachée d’un détournement de procédure lorsqu’un refus de titularisation est utilisé pour sanctionner l’agent sans respecter la procédure disciplinaire ou pour mettre fin à ses fonctions pour un motif étranger à ses capacités professionnelles.
Comment contester un refus de titularisation ?
La première démarche consiste à obtenir rapidement la décision écrite, son dossier administratif et les documents ayant fondé l’évaluation finale. L’agent doit également réunir l’ensemble des pièces susceptibles de démontrer la qualité de son travail ou les conditions anormales dans lesquelles le stage s’est déroulé.
Un recours gracieux peut être adressé à l’autorité ayant pris la décision. Il doit exposer de manière précise les erreurs commises, les contradictions du dossier et les éléments démontrant les aptitudes professionnelles de l’agent. Il est préférable de ne pas se limiter à exprimer son désaccord, mais de répondre méthodiquement à chacun des griefs formulés par l’administration.
Le recours gracieux n’est toutefois pas toujours nécessaire avant de saisir le tribunal administratif. L’agent peut, en principe, introduire directement un recours pour excès de pouvoir contre la décision de refus de titularisation.
Le juge administratif contrôle alors l’exactitude matérielle des faits, l’absence d’erreur de droit, le respect des garanties procédurales et l’absence de détournement de pouvoir. Il vérifie également que l’administration n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’appréciation de l’insuffisance professionnelle de l’agent.
Le recours contentieux doit, en principe, être introduit dans un délai de deux mois à compter de la notification régulière de la décision, conformément à l’article R. 421-1 du Code de justice administrative. Un recours gracieux présenté dans ce délai peut interrompre le délai contentieux et faire courir un nouveau délai à compter de son rejet explicite ou implicite.
Il est donc essentiel d’agir rapidement, sans attendre l’issue d’échanges informels avec la hiérarchie ou les services des ressources humaines.
Peut-on demander la suspension de la décision en urgence ?
Un recours au fond devant le tribunal administratif n’empêche pas, à lui seul, l’exécution de la décision. L’agent peut donc perdre son emploi et sa rémunération alors que le tribunal n’a pas encore statué sur la légalité du refus de titularisation.
Lorsque la situation le justifie, un référé-suspension peut être déposé sur le fondement de l’article L. 521-1 du Code de justice administrative. Cette procédure suppose de démontrer, d’une part, l’urgence à suspendre l’exécution de la décision et, d’autre part, l’existence d’un moyen propre à créer un doute sérieux sur sa légalité.
L’urgence peut notamment être caractérisée par la perte immédiate de toute rémunération, l’absence d’autres ressources, les charges familiales de l’agent ou les conséquences particulièrement graves de la décision sur sa situation personnelle et professionnelle. Le juge examine toutefois chaque situation concrètement et tient compte de l’ensemble des ressources dont dispose le foyer.
Le doute sérieux peut résulter, par exemple, de faits manifestement inexacts, d’évaluations contradictoires, de conditions de stage anormales, d’un défaut de consultation obligatoire de la commission administrative paritaire ou de l’utilisation du refus de titularisation comme sanction disciplinaire déguisée.
Le référé doit être accompagné d’un recours au fond et d’un dossier suffisamment étayé. Il est donc nécessaire de réunir rapidement les évaluations, courriels, attestations, éléments financiers et documents administratifs utiles.
Quelles sont les conséquences d’une annulation par le tribunal administratif ?
L’annulation d’un refus de titularisation ne conduit pas toujours le juge à prononcer lui-même la titularisation de l’agent.
Selon le motif retenu, le tribunal peut enjoindre à l’administration de réexaminer la situation, de replacer l’agent dans une situation régulière, de reprendre la procédure ou de lui permettre d’accomplir une nouvelle période de stage dans des conditions conformes au droit.
Lorsque les motifs du jugement impliquent nécessairement la titularisation, une injonction plus précise peut être envisagée. Cette hypothèse demeure toutefois plus rare, car l’appréciation de l’aptitude professionnelle appartient d’abord à l’administration.
L’annulation peut également ouvrir la voie à une demande indemnitaire. L’agent peut solliciter la réparation des préjudices directement causés par l’illégalité, notamment une perte de rémunération, un retard de carrière ou un préjudice moral. L’indemnisation n’est cependant pas automatique et dépend du motif d’annulation ainsi que de la possibilité pour l’administration de reprendre légalement la même décision.
Les conséquences d’un jugement doivent donc être examinées au cas par cas, en fonction de l’irrégularité retenue et de la situation professionnelle de l’agent.
Pourquoi se faire accompagner par un avocat ?
Le contentieux du refus de titularisation repose sur une analyse très précise du déroulement du stage et du dossier administratif de l’agent. Une décision apparemment fondée sur une insuffisance professionnelle peut en réalité révéler des évaluations contradictoires, des conditions de stage anormales, une procédure irrégulière ou un motif étranger à l’intérêt du service.
L’intervention d’un avocat permet de déterminer les règles statutaires applicables, qui diffèrent selon la fonction publique concernée, le corps ou le cadre d’emplois, la nature du stage et le moment auquel la décision intervient. Elle permet également d’obtenir les documents utiles, de répondre précisément aux griefs de l’administration et de distinguer ce qui relève réellement de l’insuffisance professionnelle de ce qui constitue une faute disciplinaire ou un conflit personnel.
L’avocat peut ensuite apprécier l’opportunité d’un recours gracieux, d’un recours devant le tribunal administratif ou d’une procédure de référé destinée à obtenir la suspension de la décision. Il peut enfin chiffrer les préjudices subis lorsque l’illégalité du refus de titularisation a entraîné une perte de rémunération ou un retard dans la carrière de l’agent.
Notre cabinet accompagne les fonctionnaires et agents publics dans la contestation des refus de titularisation, des prolongations de stage et des licenciements pour insuffisance professionnelle. Une analyse rapide de la décision, des évaluations et du dossier administratif permet d’identifier les irrégularités éventuelles et de déterminer la stratégie la plus adaptée à la situation de l’agent.
Ce qu’il faut retenir
Le fonctionnaire stagiaire ne bénéficie pas d’un droit automatique à la titularisation, mais l’administration ne peut pas refuser celle-ci de manière arbitraire. Sa décision doit reposer sur des faits établis et sur une appréciation réelle des aptitudes professionnelles de l’agent.
Le stagiaire doit avoir été placé dans des conditions lui permettant d’apprendre, d’exercer effectivement ses missions et de démontrer ses capacités. Des évaluations contradictoires, l’absence d’accompagnement, des reproches imprécis, un conflit personnel ou une procédure irrégulière peuvent fragiliser le refus de titularisation.
L’agent doit rapidement demander la communication de son dossier administratif, réunir les preuves relatives au déroulement de son stage et vérifier le délai de recours mentionné dans la notification. Le recours devant le tribunal administratif doit, en principe, être exercé dans les deux mois suivant la notification de la décision.
Un refus de titularisation n’est donc pas nécessairement définitif. Lorsqu’il repose sur des faits inexacts, une appréciation manifestement erronée ou une procédure irrégulière, il peut être contesté devant le juge administratif.


