Casse lors d’une manifestation : comment obtenir une indemnisation de l’État ?

Commerçant découvrant la vitrine de son commerce cassée après une manifestation, illustration 3D

Indemnisation après une manifestation : votre cabinet d’avocats

Vitrine brisée, commerce pillé, véhicule incendié : les dégâts commis lors d’une manifestation peuvent ouvrir droit à une indemnisation par l’État, même sans faute des forces de l’ordre. Si votre assurance ne couvre pas toutes vos pertes, le cabinet vous accompagne pour évaluer votre recours et demander réparation.

Daoud Milcent, avocat au barreau de Strasbourg
Daoud MILCENTAvocat au barreau de Strasbourg

Pourquoi demander réparation à l’État plutôt qu’aux seuls casseurs ?

Le recours contre les auteurs peut se heurter à leur absence d’identification ou à leur insolvabilité. Un régime spécifique permet de rechercher la responsabilité de l’État pour les dommages résultant de crimes ou de délits commis collectivement, à force ouverte ou par violence, contre les personnes ou les biens : article L. 211-10 du Code de la sécurité intérieure.

Ce fondement n’exige pas de démontrer une mauvaise organisation du maintien de l’ordre. Il peut concerner un commerçant, une entreprise, un propriétaire ou un particulier. Il faut cependant établir une infraction relevant du texte, un attroupement ou rassemblement à l’origine des faits, et un dommage directement lié à ces faits. La seule proximité avec une manifestation ne suffit pas.

Manifestation organisée, casseurs, violences préméditées : quelles différences ?

Le point décisif est souvent la qualification du groupe à l’origine des dégradations. Une action commise par un groupe organisé uniquement pour détruire ou piller ne se confond pas avec des violences survenues dans le cadre d’un rassemblement revendicatif.

Il serait toutefois erroné de penser que toute préparation exclut l’indemnisation. Dans l’affaire Conseil d’État, 7 décembre 2017, Commune de Saint-Lô, n° 400801, le juge a censuré le rejet d’une demande fondé sur le seul caractère organisé et prémédité des dégradations. Celles-ci avaient été commises dans le cadre d’une manifestation agricole, et non par un groupe constitué exclusivement pour commettre des délits.

De même, l’emploi de moyens de communication, de cocktails Molotov et de groupes mobiles n’a pas suffi à exclure le régime lorsque les auteurs de l’incendie provenaient d’un rassemblement spontané : Conseil d’État, 30 décembre 2016, Société Covéa Risks, n° 386536.

Plus récemment, le Conseil d’État a retenu la qualification d’attroupement pour des blocages liés aux « gilets jaunes », malgré leur préparation et leur durée. Les actions exprimaient un mécontentement et n’avaient pas pour objet principal de causer les dommages invoqués : Conseil d’État, 28 février 2025, Société Lib Industries, n° 473904. Cette décision annule l’arrêt défavorable et renvoie l’affaire à la cour : elle ne fixe pas elle-même l’indemnisation.

En pratique, un refus invoquant simplement des « casseurs organisés » doit être confronté aux circonstances précises du dossier.

Quels dommages peut-on réclamer ?

Selon les preuves disponibles, la demande peut porter sur les biens endommagés ou détruits, les marchandises perdues, les réparations, les frais nécessaires de nettoyage ou de sécurisation, ainsi que certaines pertes d’exploitation.

Pour une entreprise, une baisse de chiffre d’affaires ne correspond pas automatiquement au préjudice indemnisable. Il faut notamment documenter la période touchée, le lien avec les infractions et les charges économisées. Un chiffrage comptable argumenté permet de distinguer la perte réellement subie d’une estimation générale.

La jurisprudence récente illustre cette exigence. Dans une affaire concernant des péages, le Conseil d’État a confirmé l’indemnisation de réparations, de frais de personnel et de matériel ainsi que de frais de constat. En revanche, il a maintenu le rejet des pertes de recettes : dans cette affaire, la levée des barrières ne constituait pas, à elle seule, une entrave à la circulation à l’origine de ces pertes. Voir Conseil d’État, 30 septembre 2025, Ministre de l’intérieur et Société Sanef, nos 495573 et 495660.

La leçon est concrète : chaque poste doit être rattaché à des faits identifiés, et pas seulement au contexte national des manifestations.

Votre assurance a déjà payé : reste-t-il un recours ?

Une indemnisation partielle par l’assureur ne ferme pas nécessairement toute action. La franchise, les plafonds de garantie ou certains dommages non couverts peuvent laisser un reste à charge susceptible d’être réclamé, si les conditions de responsabilité sont réunies.

En revanche, un même préjudice ne peut pas être indemnisé deux fois. L’assureur qui a payé peut exercer un recours subrogatoire dans la limite de son versement, conformément à l’article L. 121-12 du Code des assurances. Il faut donc rapprocher les expertises, les règlements et les sommes restant effectivement à votre charge. Déclarez aussi le sinistre à votre assureur dans les délais du contrat.

Quelles preuves conserver dès les premières heures ?

Le dossier doit permettre de reconstituer ce qui s’est passé devant votre commerce, votre immeuble ou votre véhicule. Conservez notamment :

  • les photographies et vidéos datées, témoignages, dépôt de plainte et, si possible, constat de commissaire de justice ;
  • les devis, factures, inventaires et rapports d’expertise, avec les échanges et règlements de l’assureur ;
  • les justificatifs de fermeture, les données comptables et les éléments situant précisément le rassemblement et les dégradations.

La plainte est utile, mais ne remplace ni la demande d’indemnisation à l’administration ni la preuve du montant des pertes. Avant les réparations urgentes, documentez autant que possible l’état des lieux, sans retarder les mesures de sécurité nécessaires.

Comment engager le recours et dans quels délais ?

La première étape consiste à adresser une demande indemnitaire préalable au préfet compétent, en présentant les faits, le fondement juridique, les préjudices chiffrés et les pièces. Cette démarche préalable est requise avant une demande de paiement devant le juge administratif : article R. 421-1 du Code de justice administrative.

En principe, le silence gardé pendant deux mois sur cette réclamation financière vaut rejet, conformément à l’article L. 231-4 du Code des relations entre le public et l’administration. Un recours indemnitaire peut ensuite être porté devant le tribunal administratif.

Le délai contentieux est en principe de deux mois à compter de la notification du refus ou de la naissance du rejet implicite, sous réserve des règles d’opposabilité et des particularités du dossier : articles R. 421-1 et R. 421-2 du Code de justice administrative. N’attendez donc pas indéfiniment une réponse écrite.

Il faut également surveiller la prescription quadriennale : les créances sur l’État sont en principe soumises à un délai de quatre ans courant à partir du premier jour de l’année suivant celle de l’acquisition des droits, avec des causes d’interruption ou de suspension. Voir la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, articles 1er et 2. Ce délai ne dispense pas de respecter le délai de recours après un refus.

Faire examiner votre dossier avant de renoncer à une indemnisation

Une vitrine réparée ne signifie pas que toutes les conséquences du sinistre ont été indemnisées. À l’inverse, tout dommage survenu un jour de manifestation ne relève pas nécessairement de la responsabilité de l’État.

Le cabinet peut vous accompagner dans l’analyse des faits, l’évaluation du reste à charge, la préparation de la réclamation et, si nécessaire, le recours devant le tribunal administratif. L’intervention d’un avocat est en principe obligatoire pour cette demande indemnitaire, en application de l’article R. 431-2 du Code de justice administrative.

Votre commerce ou vos biens ont été endommagés pendant une manifestation ? Contactez le cabinet avec la date des faits, vos photographies, vos justificatifs et la réponse de votre assureur pour faire évaluer les suites possibles.

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